Oser se choisir… Et si le moment était venu ? À quand remonte la dernière fois où vous avez fait un choix en pensant à vous d’abord ? Si la réponse se fait attendre, c’est peut-être parce que les exigences du quotidien occupent tout l’espace. Ou peut-être qu’avec le temps, il est devenu naturel pour vous de faire passer les besoins des autres avant les vôtres. Comment s’installe l’oubli de soi ? Pourquoi oser se choisir dérange-t-il autant ? Et surtout : comment éviter de reléguer ses désirs, ses aspirations et ses rêves au second plan ? Voici quelques pistes simples, concrètes et accessibles pour ne plus se perdre en chemin et devenir, pas à pas, l’autrice de son histoire.
Comme l’indique le titre, cet article s’adresse d’abord aux femmes. Mais si vous êtes un homme et que ces mots résonnent pour vous, soyez le bienvenu dans cette réflexion.
Prendre conscience de l’oubli de soi
Comment en vient-on à s’oublier soi-même, presque sans s’en apercevoir ?
Prenons l’exemple de cette maman « formidable », architecte du bien-être de chacun. Elle se glisse tour à tour dans les rôles que sa famille attend d’elle : l’épouse attentive et conciliante, la maîtresse de maison appliquée, la cuisinière inspirée, la maman patiente et bienveillante… Sans oublier la professionnelle qui fait de son mieux pour tenir le cap.

Lorsque vient le soir, elle ne dispose même pas d’un quart d’heure pour penser à elle, à ses besoins, à ses désirs. Elle se couche en se promettant de s’accorder une pause demain… mais ce lendemain qui chante ne vient pas.
Peu à peu, elle ne distingue plus ses envies de ses obligations. Elle ajuste le décor pour que chacun trouve sa place… mais au fait, où est la sienne ? Pour elle, l’oubli de soi s’est insinué lentement. À force de mettre ses besoins en sourdine, une frustration, d’abord discrète, a fini par s’imposer. La conscience de passer à côté d’elle-même fragilise son humeur, ses relations, son estime. Sa joie, elle aussi, se fait plus rare.
Toutefois, lorsqu’elle perçoit à quel point elle s’est oubliée, quelque chose en elle commence à frémir. Et si, pour la première fois, elle s’accordait le droit de penser d’abord à elle ?
« Et un jour vint le moment où le risque de rester serrée dans un bourgeon devint plus douloureux que celui d’éclore. »
Anaïs Nin
Oser se choisir : cette idée qui dérange,
ce mouvement qui libère
Est-ce égoïste de dire : « j’ai besoin de repos » ? De reconnaître : « je ne peux pas aujourd’hui » ? De décliner une invitation : « non, je n’en ai pas envie » ?
Et si c’était juste une forme élémentaire de respect de soi qui ressource et permet de garder son équilibre ?
Beaucoup d’entre nous ont intégré très tôt l’idée que prioriser ses besoins relevait de l’égocentrisme. Comme si ménager son corps ou son esprit revenait à trahir quelqu’un et devait, forcément, s’accompagner de culpabilité.
Pourtant, on n’aime pas mieux en sacrifiant son bien-être. On perd son énergie, puis son élan, parfois même son estime. On s’éteint. Et l’entourage, tôt ou tard, en ressent les effets.
Oser se choisir relève d’une fidélité envers soi : reconnaître que ses propres envies sont légitimes, dignes d’être entendues et méritent une place. Car on ne peut soutenir durablement les autres sans prendre — d’abord — soin de soi.
Alors, d’où vient cette gêne à l’idée de se faire passer en premier ? Pourquoi ce choix semble-t-il si difficile ?
L’idée de se choisir vient bousculer tout un héritage de croyances transmises et intégrées comme des évidences. Des modèles familiaux et sociaux que l’on a adoptés sans jamais oser les questionner.
En effet, depuis l’enfance, on nous a fait croire que, pour être aimée, il fallait « être gentille », « faire plaisir ». Se montrer disponible, serviable voire irréprochable pour être appréciée. Alors, nous nous sommes effacées, d’abord par amour, puis par loyauté… et enfin par peur. Peur de décevoir. Peur d’être jugée. Peur d’être moins aimée.
C’est ainsi qu’avec le temps, nous avons cru que notre valeur se mesurait à ce que nous donnions, à ce que nous supportions, aux rôles que nous endossions. Or, tant que l’on se définit par ce que l’on offre ou par les missions que l’on s’impose, on ne peut découvrir sa véritable singularité. On avance masquée, davantage guidée par les attentes, les obligations ou les normes sociales que par ses propres élans.
Oser se choisir paraît de ce fait transgressif pour l’entourage et vertigineux pour soi. Parce que cela demande le courage de se désidentifier des casquettes trop longtemps portées. De prendre des décisions en cohérence avec ses besoins, ses valeurs et ses aspirations profondes. Et c’est précisément ce courage d’être soi que tant de personnes, à la fin de leur vie, regrettent de ne pas avoir eu.
Bronnie Ware, infirmière en soins palliatifs, a recueilli les cinq plus grands regrets de ses patients en fin de vie. Voici celui qui arrive en tête :
« Je regrette de ne pas avoir eu le courage de vivre ma propre vie, et non celle que les autres attendaient de moi. »
Dès lors, par où commencer quand on a passé des années à s’oublier ?
Se reconnecter à ses besoins
et s’autoriser à les prioriser
Voici quelques pistes simples pour amorcer le mouvement : écouter ce qui se passe en soi et, pas à pas, faire de la place pour ce qui compte vraiment.
Intention : j’écoute ce que mon corps murmure avant qu’il ne s’essouffle.
Le corps exprime ce que l’esprit met parfois du temps à comprendre : fatigue, tensions, migraine, insomnies, difficulté à se concentrer… Derrière ces symptômes, se cachent peut-être des besoins étouffés qui cherchent à se faire entendre. Peut-être est-il temps de discerner celui qui crie le plus fort ? Le besoin de solitude ? De pause ? De temps pour soi ? De respiration ? De lien ? D’évasion ? De relaxation ? Il suffit parfois de tester plusieurs réponses pour découvrir celle qui apporte un vrai soulagement.
Intention : je crée des moments de solitude où je peux me recentrer et me ressourcer.

S’accorder du temps rien que pour soi répond à un besoin essentiel : se ressourcer. D’abord, quelques minutes peuvent suffire : lire un chapitre, écrire quelques lignes, marcher en silence, respirer profondément, méditer… Lorsque ces parenthèses deviennent régulières, elles recréent un espace intérieur disponible, où les pensées se déposent et où nos propres élans se révèlent plus nettement.
Intention : je dis clairement ce qui me fait du bien.
Dire à ses proches : « J’ai besoin d’un moment pour moi » apporte de la clarté et apaise. Exprimée avec assurance, cette demande est souvent mieux accueillie qu’on ne l’imagine. Elle encourage chacun — partenaire, enfants, amis — à développer sa propre liberté intérieure pendant ces temps de ressourcement. Les relations familiales gagnent alors en harmonie et en respect mutuel.
Intention : je deviens une priorité dans mon propre agenda.
Oser se choisir commence par un engagement simple : réserver dans son emploi du temps une plage horaire extensible qui n’appartient qu’à soi. Par exemple, une heure par jour, plusieurs heures le week-end, une journée par mois. La fidélité à ce rendez-vous transforme peu à peu le regard que l’on pose sur soi et l’attention accordée à ses besoins.
Une routine d’écriture peut accompagner ce mouvement. Noter, sur un carnet, chaque jour ses besoins, ses défis, ses petites et grandes victoires aide à clarifier ce qui compte vraiment. Peu à peu, le lien à soi s’affermit et l’on commence à l’honorer sans se trahir.
Intention : je deviens la gardienne de mon énergie.
Dans un premier temps, dire non peut sembler inconfortable, surtout lorsqu’on a grandi avec l’idée qu’il fallait se rendre disponible pour être appréciée. Pourtant, refuser une sollicitation permet d’éviter la fatigue, l’ennui ou l’éparpillement. Dire non, c’est aussi offrir à l’autre une relation plus authentique : une présence choisie plutôt qu’une présence contrainte.
Avec le temps, on découvre que la plupart des proches comprennent, s’adaptent et accueillent cette décision sincère. Chaque « non » à autrui devient un « oui » à soi-même : oui à son équilibre, oui à sa paix intérieure, oui à la loyauté et au respect que l’on souhaite s’accorder.
Se remettre au centre
et écrire un chapitre qui nous ressemble
Certaines étapes de vie laissent peu de marge de liberté. Les premiers mois avec un nouveau-né, par exemple, absorbent presque tout le temps et l’espace. De même, soutenir un conjoint fragilisé, accompagner un parent en perte d’autonomie et de repères… Autant de situations où l’on gère des urgences légitimes, où l’on fait de son mieux pour épauler ses proches et assurer le quotidien.
Dans ces moments-là, il ne s’agit pas d’envoyer tout valser, mais de composer, en bonne intelligence avec ceux qui nous entourent, pour ne pas s’oublier tout à fait.
Et lorsque les circonstances offrent enfin un peu de répit, on peut commencer à se recentrer et à laisser émerger des choix qui ne dépendent plus prioritairement des attentes de l’entourage.

Et puis, un jour, on se surprend à penser : cette fois, c’est mon tour, par fidélité à soi. On cesse de se remettre à plus tard. On prend le risque de déplaire pour se plaire et on avance selon son propre élan. On s’accorde enfin cette place. Ce choix courageux mène à une découverte essentielle : celle de sa propre singularité, même lorsqu’elle dérange.
À partir de là, une nouvelle voie s’ouvre : la possibilité d’écrire la suite autrement. Car lorsque nos valeurs, nos décisions et nos actions deviennent cohérentes, notre vie prend tout son sens — sens dans sa double acception : signification et direction.
Peu à peu, quelque chose s’ordonne en nous. Nous reconnaissons notre boussole intérieure. Celle qui pointe vers une direction essentielle que personne ne peut tracer à notre place, mais qui s’impose à nous lorsqu’elle se révèle.
Pour autant, le chemin ne devient pas forcément plus facile, mais il commence à faire sens, parce qu’il nous ressemble. Dans cet alignement intérieur, un nouveau chapitre peut enfin prendre forme. Et cette fois, c’est nous qui en écrivons chaque ligne.
Vous vous souvenez de la question qui ouvrait cet article ? À quand remonte la dernière fois où vous avez fait un choix en pensant à vous d’abord ? Si vous êtes arrivée jusqu’ici, peut-être aspirez-vous à une réponse moins déconcertante. Oser se choisir est un processus lent, exigeant. Un chemin qui nous ramène à ce qui nous fait vibrer et qui fait sens pour nous. Chaque petit pas compte. Et puis, un jour, presque sans nous en rendre compte, nous nous surprenons à exister avec davantage de présence, de justesse, d’authenticité. Nous nous sentons enfin pleinement à notre place. Vivantes. Au cœur de notre propre vie.
« Le privilège de la vie, c’est de devenir qui vous êtes vraiment. »
Carl Gustav Jung
🌿 Et maintenant, à vous…
💬 Si vous écoutiez vraiment vos besoins, quelle serait la première action que vous poseriez aujourd’hui pour vous choisir ?
💬 Et vous qui avez déjà osé vous choisir, qu’est-ce que cela a changé dans votre vie ?
Votre témoignage m’intéresse sincèrement. Je prendrai le temps de vous lire et d’y répondre avec attention.
✍️ Pour aller plus loin
👩💼 En savoir plus sur l’autrice de cet article et entrer dans son univers de biographe ?
📚 L’écriture biographique vous interpelle ?
Prolongez la lecture sur son blog.
très beau texte mais il est vrai que nous pourrions penser à nous savoir faire une pose mais la vie actuelle ne nous le permet pas il y a tellement de choses à faire autour de soi pour aider les autres c’est un bon début d’année pour méditer sur ce sujet très bonne année à vous tous