Écrire mon autobiographie :
qu’est-ce qui me retient ?
Écrire votre histoire ? Vous y avez sans doute déjà songé. Un jour, peut-être… Quand vous aurez le temps. Quand les enfants seront partis. À la retraite. Quand vous y verrez un peu plus clair… Et puis, les doutes s’installent. Qui suis-je pour me raconter ? Ma vie est insignifiante. À quoi bon ? Et ce projet, qui vous tient tellement à cœur, reste à l’état de rêve. Pourquoi est-il parfois si difficile de franchir le pas ? Que cachent nos hésitations et notre tendance à remettre l’écriture au lendemain ? Qu’est-ce qui se joue avant les premiers mots ? Sept freins peuvent nous empêcher de nous lancer.
1. Le sentiment d’illégitimité :
ma vie mérite-t-elle d’être racontée ?
« À quoi bon écrire ma vie ? Je ne suis pas Boris Cyrulnik, Chris Martin ou Frida Kahlo. Mon histoire n’a rien d’extraordinaire. » Nous imaginons souvent qu’il faudrait avoir vécu un destin hors du commun, connu la célébrité ou traversé de grandes épreuves pour s’autoriser à prendre la plume.
Or, une vie n’a pas besoin d’être extraordinaire pour mériter qu’on la raconte. La valeur d’un parcours tient surtout à ce qui le rend singulier : une époque traversée, des choix, des rencontres, des joies, des peines, une manière bien à soi de regarder le monde. Même les rituels les plus anodins du quotidien peuvent nourrir l’histoire familiale et raviver bien des souvenirs. Par ailleurs, une existence en apparence « ordinaire » peut aussi résonner avec celle d’un autre, émouvoir ou inspirer.
Chaque personne a une histoire unique à transmettre.
2. La peur d’écrire :
saurai-je trouver les mots ?
« Je suis nul en français. Je n’ai jamais été bon en rédaction. » Certaines remarques à l’encre rouge dans la marge de nos copies ont la vie dure. Des années plus tard, elles peuvent encore nous faire douter de notre capacité à écrire.
Et puis vient l’angoisse de la page blanche. Les souvenirs sont là, les images aussi, mais comment les transformer en phrases ? Pourtant, certaines personnes persuadées de ne pas savoir rédiger racontent une scène, une rencontre ou une anecdote avec une telle vivacité qu’on croirait y être. Les détails surgissent, les phrases s’enchaînent spontanément dans la conversation alors qu’elles peinent à venir devant un carnet.
Raconter avec ses propres mots suffit pour commencer. La forme viendra ensuite.
3. Le perfectionnisme :
et si mon texte n’était pas à la hauteur ?
On peut avoir trouvé les mots et rester malgré tout bloqué devant son texte. On ne cesse de corriger, de reprendre ses phrases à la recherche du mot exact, de la bonne construction et du ton juste. Parfois même, on préfère ne pas commencer, de crainte que le résultat ne soit pas à la hauteur de ce que l’on avait imaginé.
Le premier jet autorise les erreurs, les phrases imparfaites et une structure encore hésitante. Dans l’écriture de soi, le style compte, bien sûr. Mais, le lecteur est surtout touché par l’authenticité de la voix qu’il reconnaît entre les lignes.
Imaginez-le se dire avec un sourire ému : « C’est bien elle. C’est tellement lui. »
4. La crainte du jugement :
que vont penser mes proches ?
La crainte du jugement peut agir avant même que quiconque ait lu une ligne. On redoute les réactions, les critiques, parfois le ridicule, et cela suffit à nous censurer. Écrire d’abord pour soi, sans chercher à plaire, permet déjà de s’en affranchir.
Par ailleurs, certains épisodes de notre vie concernent nécessairement des proches qui ne partageront peut-être pas notre version des événements. Ils peuvent aussi se sentir blessés par notre manière de les évoquer. Conflits, non-dits, secrets de famille : la crainte de raviver ce qui était resté enfoui peut retenir la plume.
Écrire son histoire n’oblige pas pour autant à tout révéler. On reste libre de choisir ce que l’on raconte, à qui et comment on souhaite le transmettre.
5. Le vertige devant l’ampleur du projet :
par où commencer mon autobiographie ?
Une vie entière à raconter ! L’ampleur du projet donne le vertige. Les souvenirs, avec leur lot d’émotions, affluent et les questions se multiplient. Faut-il suivre la chronologie ? Commencer par l’enfance ou structurer son récit par thèmes ? Tout raconter ou ne retenir que les épisodes marquants ?
Face à tant de matière à organiser, on peut finir par se décourager.

Il n’est toutefois pas nécessaire d’avoir dès le départ une vision claire et ordonnée de son récit. La mémoire n’est d’ailleurs pas linéaire : un souvenir en appelle un autre, parfois très éloigné dans le temps. On peut commencer par ce qui vient spontanément à l’esprit : un événement particulier, une scène, une rencontre ou une période.
La structure se dessinera peu à peu.
6. Le manque de temps :
quelle place accorder à mon récit de vie ?
Écrire son histoire suppose une certaine disponibilité et implique quelquefois de renoncer à des moments de partage en famille ou entre amis. Dans Écrire : dépasser les peurs qui nous limitent, Eudes Séméria nous propose de nous interroger sur nos priorités : « Si nous affirmons qu’un projet d’écriture constitue une priorité, alors il convient de se demander où et comment il prend place dans le système complexe et mouvant des autres priorités. »
Il ne s’agit donc pas forcément d’attendre le moment idéal pour commencer, comme le départ des enfants ou la retraite. La question est plutôt : suis-je prêt à accorder à mon récit une place de choix parmi mes priorités ? L’écriture n’a pas besoin de tout envahir pour trouver sa place.
7. Le coût d’un accompagnement à l’écriture :
est-ce à ma portée ?
Faire appel à un biographe pour l’écriture de son histoire suppose un investissement financier conséquent. Celui-ci dépend notamment du nombre d’entretiens, du travail de rédaction et de relecture, mais aussi de la forme que prendra le livre.
Le coût d’une biographie complète peut donc représenter un frein.

Faut-il pour autant renoncer à se faire accompagner ? Un financement collectif, au sein d’une famille ou d’un groupe d’amis par exemple, peut contribuer à rendre le projet plus accessible.
Par ailleurs, entre écrire entièrement seul et confier toute la rédaction de son histoire, il existe d’autres voies. À chacun de trouver celle qui lui correspond, selon ses envies, ses besoins et ses moyens.
Identifier les freins qui retiennent notre élan d’écrire nous aide déjà à rendre ce projet moins intimidant. Et si le moment était venu ? Reste alors à franchir le seuil. Envie de savoir comment ? Rendez-vous dans le prochain article : plusieurs portes d’entrée s’offriront à vous pour enfin commencer à écrire votre histoire.
Carmen Clémente
Biographe des instants extraordinaires, des liens précieux et des histoires singulières.